Ce Texte est la participation à un concours dont le thème est ROUGE
Vingt et une heures. Il prend son sac, se précipite à travers les escaliers. Une fois le nez dehors, il relève le col de sa veste et fourre son nez dans son écharpe. Le froid, glacial. Il déteste l'hiver mais il fait bon être ici plutôt que dans la chaleur étouffante de l'appartement. Ses doigts s'agitent à l'intérieur de ses poches, le ticket de la dernière séance de cinéma fini déchiqueté en mille et un morceaux. Où aller ? Et d'abord, pour quoi faire ? Cela fait déjà quelques minutes que le même trottoir est arpenté en long et en large. Ses pensées beaucoup trop obscures ne parviennent pas à se dissiper malgré la clarté des lampadaires. Se calmer et se changer les esprits serait beaucoup plus facile, beaucoup trop aisé que de passer à autre chose. Il s'agit de régler la question, de ne pas passer outre le problème. Il en était là de ses élucubrations lorsque des bruits de pas se firent entendre derrière lui... Des claquements de talons féminins plus exactement. Elle était encore beaucoup trop éloignée de lui mais il pouvait distinguer dans l'obscurité la démarche chaloupée de la demoiselle. A son cou, comme étincelante, se détachait de la pénombre son écharpe. Peu à peu elle s'approcha jusqu'à arriver à sa hauteur. Au moment où leurs corps se frôlèrent, l'esprit de Marc fut ailleurs, le parfum de la jeune fille se mêlant à ses divagations. Il eut un vertige puis elle s'évapora à travers la nuit. Encore étourdi, ne sachant pas tout à fait analyser la multitudes de sensations ressenties en un seul instant, il resta là, au milieu de cette rue glaciale, sur ce trottoir vide. Un chat noir qui passait par là vint de frotter à ses jambes et Marc rit du côté excessivement cliché de la situation. Après un moment qui parut une éternité bien qu'il ne dura pas même une minute il décida à la suivre. Il l'avait perdue de vue mais ses pas continuaient de résonner et semblaient le guider. Instinctivement il ferma les yeux comme pour se concentrer sur la musique de sa démarche. Comme en plein onirisme, il était là, les bras étendus devant lui, aveugle, à s'avancer dans la pénombre sans même heurter quoi que ce soit. Peu à peu la mélodie cadencée se rapprochait et il butta malgré tout contre quelque chose. Il fut contraint de s'arrêter et ouvra subitement les yeux. Contre son gré, il était en train de piétiner l'écharpe de la jeune femme. Il se baissa, la ramassa, et huma le parfum aigre-doux. C'était cette même écharpe qui, tout à l'heure, semblait se détacher de l'obscurité et donc il n'avait su définir la couleur. A présent il discernait sa couleur écarlate. Il leva la tête et s'aperçut qu'elle était tout juste en face de lui. Il lui suffisait de tendre doucement la main pour atteindre son visage. Son c½ur battait à tout rompre et il avait l'impression qu'il allait envahir progressivement sa poitrine pour finalement se décrocher. Le martèlement de son c½ur occupait son esprit et ses sens et il ne se sentait plus agir. Il leva finalement la main et au contact de la joue de la jeune femme il ressenti comme un picotement, d'abord imperceptible, puis de plus en plus apparent pour finir de le bouleverser entièrement. Le temps semblait s'étirer comme dans un songe afin que les minutes deviennent éternité et lui permettent de vivre pleinement cet étrange instant. Il approcha son visage du sien, et le parfum de la jeune femme devenant de plus en plus présent fit monter en lui le désir d'aller au bout de son geste. Se laissant pourtant le temps de savourer chaque instant, il amena ses lèvres à effleurer les siennes. A ce contact insaisissable il fut pris d'un sursaut et rouvrit les yeux. Il se réveilla alors au milieu de cette même chaleur étouffante qu'il lui semblait avoir quitté depuis des heures. Abasourdi, il porta instinctivement la main à son cou et reconnu l'étoffe parfumée. En baissant les yeux il aperçu ce rouge si familier. Il se précipita dans les escaliers, manqua de tomber, ouvrit frénétiquement la porte et déboula dans la rue à l'air glacé. Rien. Personne. Seule l'obscurité de la nuit et une vague odeur aigre-douce qui flottait dans l'air.
Liena